Litige entre partenaires d’affaires au Québec : que pouvez-vous faire?

Vous êtes en conflit avec votre associé. Les décisions se prennent sans vous. Les finances de l’entreprise deviennent opaques. Vous ne dormez plus.
 
Les conflits entre associés sont la première cause de mortalité des PME québécoises. Pas le manque de clients. Pas la concurrence. Les problèmes entre partenaires d’affaires.
Et quand le conflit éclate, les fondateurs découvrent souvent qu’ils n’ont jamais signé de convention entre actionnaires.

Un conseil avant de lire plus loin : il est toujours préférable de consulter un avocat avant que le litige ne prenne forme. Plus on intervient tôt, plus les options sont nombreuses et moins les coûts sont élevés. L’existence d’une structure bien en place au sein de l’entreprise, même minime, facilite grandement le règlement.

Ce guide sur le litige entre actionnaires présente les trois situations les plus fréquentes que nous rencontrons dans notre pratique à Joliette et les recours disponibles au Québec.

 

Situation 1 : comment vendre mes actions et sortir de la société?

Vous êtes actionnaire. Il n’y a pas de convention entre actionnaires. La relation avec votre partenaire est rompue. Vous voulez partir.
Mais comment? Et surtout, à quel prix?

 

Sans convention, la porte de sortie est étroite

En l’absence de convention, vous ne pouvez pas forcer votre partenaire à racheter vos actions. Vos options :

  • La négociation volontaire : vous convenez d’un prix avec votre partenaire. C’est la solution idéale, mais elle suppose une bonne foi des deux côtés.
  • La vente à un tiers : en principe, vous pouvez vendre vos actions à qui vous voulez. Mais qui veut acheter des actions d’une société fermée en conflit? En pratique, c’est très difficile.
  • Le recours judiciaire : si la situation devient intolérable, le tribunal peut ordonner le rachat de vos actions à un prix juste.
 

Comment détermine-t-on le prix?

En l’absence d’entente, la valorisation se fait par un expert en évaluation d’entreprises (comptable, évaluateur agréé).

Méthode
Quand l’utiliser
Valeur comptable ajustée
Sociétés holding, sociétés immobilières
Multiple des bénéfices
Entreprises de services, PME rentables
Flux de trésorerie actualisés
Entreprises en croissance
Comparables du marché
Si des transactions similaires existent
Le coût d’une évaluation varie généralement entre 3 000 $ et 15 000 $, selon la complexité.

Ce que nous constatons dans notre pratique : la plupart des conflits liés à la vente d’actions s’enlisent sur la question du prix. Celui qui veut partir a souvent une vision optimiste de la valeur; celui qui reste a tendance à la minimiser. C’est là qu’un avocat en droit commercial peut faire la différence : en négociant un prix équitable ou en obtenant une ordonnance du tribunal.

 

Situation 2 : mon partenaire détourne des fonds de la société

C’est l’une des situations les plus graves et les plus urgentes. Votre associé utilise les comptes bancaires de l’entreprise à des fins personnelles. Il se verse des remboursements de dépenses fictives. Il effectue, sans votre accord, des virements vers des comptes qu’il contrôle.

 

Ce que vous pouvez faire immédiatement

  1. Documentez tout. Relevés bancaires, factures, courriels, contrats suspects.
  2. Ne confrontez pas votre partenaire avant d’avoir consulté un avocat.
  3. Ne prenez pas de mesures unilatérales. Verrouiller les comptes bancaires ou changer les mots de passe pourrait vous exposer à des recours.
 

Les recours disponibles

 
La demande en reddition de comptes
Tout actionnaire a le droit d’exiger que les administrateurs rendent compte de leur gestion. Si des irrégularités sont constatées, le tribunal peut ordonner le remboursement des sommes détournées.
 

La nomination d’un séquestre
Dans les cas graves, le tribunal peut nommer un séquestre, soit un professionnel indépendant qui prend temporairement le contrôle de la gestion de l’entreprise afin d’enquêter et de protéger les actifs. Le séquestre a le pouvoir de geler les comptes bancaires, d’examiner les livres comptables et de recueillir les preuves.

Le recours en oppression
Le détournement de fonds constitue presque toujours un comportement oppressif envers les autres actionnaires. Le tribunal dispose alors de pouvoirs très larges pour redresser la situation (voir la Situation 3 pour le détail du recours en oppression).

 

Les recours pénaux
Dans les cas les plus graves, le détournement de fonds peut constituer une infraction criminelle : fraude, abus de confiance. Votre avocat pourra vous conseiller sur l’opportunité de déposer une plainte, en plus des recours civils.

 

Situation 3 : l’actionnaire majoritaire prend toutes les décisions à mes dépens

Vous êtes actionnaire minoritaire. Le majoritaire s’attribue un salaire disproportionné. Il refuse de distribuer les dividendes. Il engage des dépenses discutables, embauche des membres de sa famille, vous exclut des réunions importantes.
Vous avez l’impression d’être actionnaire de nom seulement.

 

Vos droits en tant qu’actionnaire

La loi vous protège, peu importe votre participation :

  • Droit à l’information : accès aux livres comptables, aux états financiers, aux procès-verbaux.
  • Droit de vote : participation aux assemblées des actionnaires.
  • Droit aux dividendes : lorsqu’ils sont déclarés.
  • Droit de participer aux décisions majeures : vente d’actifs substantiels, modification des statuts, dissolution.
 

Le recours en oppression : votre arme principale

Le recours en oppression est l’outil le plus puissant du droit des sociétés au Québec. Il est prévu par la Loi sur les sociétés par actions (Québec) et la Loi canadienne sur les sociétés par actions (fédérale).
Pour avoir gain de cause, il faut démontrer :
  1. Que vous aviez des attentes raisonnables, par exemple participer aux décisions et recevoir une part équitable des bénéfices.
  2. Que ces attentes ont été violées par une conduite oppressive, abusive ou injustement préjudiciable.

Attention : le recours en oppression n’est pas un remède universel. Un simple désaccord commercial ne suffit pas : il faut démontrer un comportement réellement abusif ou injuste.

 

Ce que le tribunal peut ordonner

Les pouvoirs du tribunal sont très larges :
  • Rachat de vos actions à un prix juste : c’est le remède le plus fréquent.
  • Annulation des transactions préjudiciables
  • Révocation d’administrateurs
  • Nomination d’un séquestre pour gérer la société
  • Dissolution de la société, dans les cas extrêmes
  • Remboursement des sommes indûment versées

 

Les autres recours disponibles

Au-delà des trois situations décrites ci-dessus, le droit québécois prévoit d’autres recours.

 

La demande en dissolution

Lorsque les actionnaires sont dans une impasse totale, par exemple dans une société détenue à parts égales où plus aucune décision ne peut être prise, on peut demander au tribunal d’ordonner la dissolution et la liquidation de la société. Les actifs sont alors vendus et le produit de la vente est réparti entre les actionnaires. Il s’agit d’un recours ultime.

 

La nomination d’un séquestre

Le tribunal peut nommer un séquestre pour gérer temporairement la société lorsqu’il y a un risque de dilapidation des actifs, que les administrateurs sont en conflit ou que la gestion est déficiente.

 

La négociation et la médiation

Heureusement, la majorité des conflits se règlent avant d’arriver au tribunal. La médiation commerciale offre un cadre confidentiel pour explorer des solutions : rachat d’actions, révision de la gouvernance, réorganisation de la structure.

La médiation est souvent plus rapide, moins coûteuse et plus constructive que les procédures judiciaires.

Pourquoi consulter le plus tôt possible?

La plupart des actionnaires qui nous consultent ont attendu trop longtemps. Ils espèrent que la situation va se régler d’elle-même. Ils veulent éviter les frais. Ils ont peur de détériorer la relation.
 
Ce sont des réactions compréhensibles, mais souvent contre-productives.
Moment de la consultation
Options disponibles
Coût typique
Dès les premiers signes de friction
Négociation, lettre d’avocat, médiation
1 500 $ – 5 000 $
Après quelques mois de conflit ouvert
Recours en oppression, négociation complexe
5 000 $ – 20 000 $
Après 1 an+ de conflit, preuves altérées
Procès, expertise comptable, séquestre
20 000 $ – 75 000 $+
Plus on attend :
  • Plus les preuves financières sont difficiles à reconstituer
  • Plus la valeur de l’entreprise se dégrade (clients perdus, employés démotivés)
  • Plus les positions se radicalisent et le règlement amiable devient difficile
 

L’importance d’avoir une structure en place

Même en l’absence de convention entre actionnaires, la structure juridique de votre entreprise, notamment sa forme d’incorporation et ses statuts, influence les recours disponibles en droit corporatif. Une société bien constituée, avec des statuts clairs, des règlements à jour et des assemblées documentées, facilite le règlement de tout litige.

Si votre entreprise fonctionne de manière informelle, sans procès-verbaux, sans états financiers vérifiés et sans distinction entre les finances personnelles et celles de l’entreprise, le processus sera plus long et plus coûteux.

Notre recommandation : si vous sentez que la relation avec votre partenaire se détériore, prenez rendez-vous avec un avocat en droit commercial. Une consultation d’une heure peut vous éviter des mois de litige et des milliers de dollars.

Préville-Ratelle Avocats accompagne les entrepreneurs de Joliette et de Lanaudière dans la résolution de conflits entre associés, que ce soit par la négociation, la médiation ou, lorsque nécessaire, par un recours judiciaire.

📞 450 960-2900 · Nous contacter

Comment vendre mes actions et quitter une société sans convention d'actionnaires?

Sans convention, vous ne pouvez pas forcer votre partenaire à racheter vos actions. Vous pouvez tenter une vente volontaire, vendre à un tiers (difficile en pratique) ou, si la situation devient intolérable, demander au tribunal d’ordonner le rachat de vos actions à un prix juste, déterminé par une expertise indépendante.

Documentez les irrégularités sans alerter votre partenaire, puis consultez un avocat immédiatement. Les recours incluent la demande en reddition de comptes, la nomination d’un séquestre, le recours en oppression et, dans les cas graves, des recours pénaux pour fraude ou abus de confiance.

Le recours en oppression permet à un actionnaire lésé de demander au tribunal d’intervenir lorsqu’il est victime de conduite oppressive, abusive ou injustement préjudiciable. Le tribunal peut ordonner le rachat des actions, annuler des transactions, nommer un séquestre ou même dissoudre la société.

Oui, absolument. Plus on intervient tôt, plus les options sont nombreuses et les coûts maîtrisés. Une consultation dès les premiers signes de friction peut permettre un règlement par négociation ou médiation, à une fraction du coût d’un recours judiciaire. L’existence d’une structure bien en place facilite également le règlement.

Litige entre partenaires d'affaires — avocats Préville-Ratelle Joliette

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